|
Jephte de
Carissimi
Carissimi est né à Marino, dans la région romaine en
1605. On ignore tout de sa formation qui doit évidemment avoir
été faite dans la tradition de la polyphonie qu’il pratiquera
encore avec succès. En 1624, il est chantre à Tivoli, dès 1628,
maître de chapelle de la cathédrale d’Assise, et en 1630, maître
de chapelle de l’église Saint-Apollinaire à Rome. À cette église
des Jésuites est attaché le Collegium Germanicum, institution
qui accueillait les jeunes artistes étrangers qui venaient
compléter leur formation dans la cité pontificale. C’est là que
virent le jour les premiers oratorios. À l’origine, ces
oratorios étaient conçus comme des intermèdes insérés entre les
parties des grandes prédications de la Semaine Sainte. Les
sujets étaient empruntés aux Saintes Écritures (Ancien, puis
aussi Nouveau Testament) et choisis selon les valeurs morales
qu’ils pouvaient illustrer. Le langage est celui de l’opéra avec
ses récitatifs dramatiques, ses airs émouvants, ses scènes de
caractère.
Jephté est sans conteste l’un des oratorios les plus parfaits de
Carissimi. Général israélite, Jephté avait promis à Dieu de
sacrifier la première personne qu’il rencontrerait à son retour,
s’il revenait victorieux des Ammonites.
Le début de l’oratorio illustre les combats. Les Ammonites sont
vaincus et Jephté rentre victorieux. C’est sa fille qui
l’accueille avec enthousiasme. Jephté est contraint d’annoncer à
sa fille le serment qui le lie à Dieu. Celle-ci accepte le sort
qui lui est destiné. Son chant est l’un des plus beaux lamentos
de l’époque baroque. C’est le choeur qui conclut l’oratorio,
amplifiant le sentiment d’abnégation et de tristesse qui avait
envahi le chant de la fille de Jephté.
Jephté,
fils de Galaad et
d'une prostituée, est une figure biblique, remarquée par
l'auteur du Livre de Samuel. Il y apparaît comme bon
serviteur de Dieu et comme libérateur de son peuple au même
titre que Samuel lui-même: «Et Yhwh a envoyé Yeroubaal, Bedân,
Jephté et Samuel. Il vous a délivré de vos ennemis alentour,
vous étiez en sécurité.» (1 Samuel, 12, 11). Or, fidèle à son
serment envers Dieu, Jepthé se crut obligé de sacrifier sa
fille, son enfant unique, après sa victoire sur les Ammonites.
L'histoire de Jephté a inspiré non seulement les auteurs de la
Bible, mais aussi les écrivains, les dramaturges et les
artistes.
Le récit biblique (Juges, 11)
Chassé de la maison paternelle par ses frères, Jephté s'établit
dans le pays de Tov. Plus tard, lorsque les Ammonites
attaquèrent Israel, les anciens vinrent chercher Jephté lui
demandant de se porter à leur tête afin de combattre leurs
agresseurs.
- «Ne me haïssez-vous donc pas, répliqua Jephté, ne m'avez-vous
pas chassé de la maison de mon père? Pourquoi alors faire appel
à moi, maintenant que vous êtes opprimés?» (11,7)
-«C'est pour cette raison même, répondirent les anciens, que
nous sommes revenus à toi. Accompagne-nous: tu affronteras les
Ammonites et seras chef ainsi que celui de tous les habitants de
Galaad.» (11,8)
L'esprit de Yhwh souffla sur Jephté, qui parcourut le Galaad et
Manassé, passa par Mitspé de Galaad et, de là, chez les
Ammonites. Alors il fit un voeu à Yhwh:
- Si tu remets entre mes mains les Ammonites, appartiendra à
Yhwh et sera par moi offert en holocauste celui qui, le premier,
lorsque je reviendrai sain et sauf du combat, sortira des portes
de ma maison pour m'accueillir.
Pour les attaquer, Jephté passa ensuite chez les Ammonites et
Yhwh les remit en son pouvoir. Il les battit depuis Aroër
jusqu'aux environs de Minnit, vingt villes en tout, et même
jusqu'à Avel-Keramim. Ce fut un très grand cataclysme et les
Ammonites en furent humiliés devant Israël.
Lorsque Jephté s'en revint à sa maison de Mitspa, sa fille
dansant au son des tambourins, gambada à sa rencontre. Elle
était son unique enfant: en dehors d'elle, il n'avait ni fils ni
fille. À peine l'aperçut-il qu'il se mit à déchirer ses
vêtements en s'écriant:
- Malheur, ma fille, tu me fais vaciller sur moi-même! Tu me
piétines le coeur!
Je me suis, moi, engagé devant Yhwh et ne puis plus revenir en
arrière!
- Père, répondit-elle, si tu t'es engagé devant Yhwh, et puisque
Yhwh t'a permis de te venger de tes ennemis les fils des
Ammonites, alors traite-moi selon ce serment. Accorde-moi
cependant, ajouta-t-elle, un sursis de deux mois durant lequel,
de haut en bas, j'errerai dans les montagnes et, avec mes
compagnes, pleurerai sur mon adolescence.
- Va, lui, accorda-t-il, la laissant partir pour deux mois.
Elle et ses compagnes s'en allèrent donc et, dans les montagnes,
elle sanglota sur son adolescence sacrifiée. Ce délai écoulé,
elle revint à son père qui accomplit sur elle le voeu qu'il
avait prononcé. Elle n'avait pas connu d'homme et de là vint, en
Israël, la coutume selon laquelle chaque année, quatre jours
durant, les filles d'Israël s'en vont célébrer l'enfant de
Jephté le Galaadite. (11, 29-40)
|
Historicus Alto.
Cum vocasset in proelium filios
Israel rex filiorum
Ammon, et verbis Jephte acquiescere
noluisset, factus
est super Jephte Spiritus
Domini, et
progressus ad filios Ammon votum vovit
Domini dicens :
Jephte.
Si tradiderit Dominus filios ammon in
manus
meas, quicumque
primus de domo mea occurrerit
mihi, offeram illum
Domino in holocaustum.
Chorus.
Transivit ergo Jephte ad filios Ammon, ut
in
spiritu forti et
virtute Domini pugnaret contra eos.
Duet sopranos 1 et 2.
Et clangevant tubae, et
personabant tympana,
et proelium commissum est
adversus Ammon.
Bass 1.
Fugite, cedite, impii, perite gentes,
occumbite
in gladio ; Dominus
exercituum in proelium surrexit,
et pugnat contra
vos.
Chorus.
Fugite, cedite, impii, corruite, et in furore
gladii dissipamini.
Historicus soprano 3.
Et percussit Jephte viginte
civitates Ammon
plaga magna nimis.
Trios soprano 1 et 2, alto.
Et ululantes filii Ammon,
facti sunt coram
filiis Israel humilitati.
Historicus basse 2.
Cum
autem victor Jephte in domum
suam reverteretur,
occurrens ei unigenita filia
sua cum tympanis et
choris praecinebat :
Filia.
Incipite in tympanis et psallite in
cymbalis.
Hymnum cantemus
Domino, et modulemur
canticum. Laudemus
regem coelitum, laudemus
belli principem,
qui filiorum Israel victore ducem
reddidit.
Duet sopranos 4 et 5.
Hymnum cantemus Domino,
et modulemur
canticum, qui dedit nobis gloriam et
Israel victoriam.
Filia.
Cantate mecum Domino, cantate omnes populi,
laudate belli
principem, qui nobis dedit gloriam et
Israel victoriam.
Chorus.
Cantemus omnes Domino, laudemus belli
principem, qui
nobis dedit gloriam et Israel
victoriam.
Historicus alto.
Cum vidisset Jephte, qui votum Domino
voverat, filiam
suam venientem in occursum, in
dolore et lachrimis
scidit vestimenta sua et ait :
Jephté.
Heu
mihi ! filia mea, heu decepisti me,
filia unigenita, et
tu pariter, heu filia mea decepta es.
Filia.
Cur ego te pater decepi, et cur ego filia
tua
unigenita decepta
sum ?
Jephte.
Aperui os meum ad dominum, ut qui cumque
primus de domo mea
occurrerit mihi offeram illum
domino in
holocaustum.
Heu mihi ! filia
mea, heu decepisti me, et tu pariter,
heu filia mea,
decepta es.
Filia.
Pater mi, si vovisti votum Domino
reversus
victor ab hostibus,
ece ego, filia tua unigenita,
offer me in
holocaustum victoriae tuae, hoc solum
pater mi praesta
filiae tuae unigenitae ante quam
moriar.
Jephté.
Qui poterit animam tuam, quid poterit te,
moritura filia,
consolari ?
Filia.
Dimitte me, ut duobu mensibus circumeam
montes, ut cum
sodalibus meis, plangam virginitatem
meam.
Jephté.
Vade, filia mea unigenita,
et plange
viriginitatem tuam.
Chorus.
Abiit ergo in montes filia Jephte, et
plarabat
cum sodalibus
virginitatem suam, dicens :
Filia.
Plorate colles, dolete montes, et in
afflitione
cordis mei ululate
! [Echo : ululate !] Ecce moriar
virgo et non potero
morte mea meis filiis consolari,
ingemiscite silvae,
fontes et flumina, in interitu
virginis lachrimate
! [Echo : lachrimate !] Heu me
dolentum in
laetitia populi, in victoria Israel et gloria
patris mei, ego,
sine filiis virgo, ego, filia unigenita,
moriar et non vivam.
Exhorrescite, rupes, obstupescite,
colles, valles, et
cavernae, in sonitu horribili
resonate ! [Echo :
resonate !] Plorate, Jephte filiam
unigenitam in
carmine doloris lamentamini.
Chorus.
Plorate, filii Israel, plorate, omnes
virgines,
et filiam Jephte
unigenitam in carmine doloris
lamentamini. Fac,
ut tecum lugeam. |
Narrateur Alto.
Quand le roi des fils d’Ammon faisait la
guerre aux enfants
d’Israël et ne voulait pas écouter les
paroles de Jephté,
l’esprit de l’Éternel fut sur Jephté ; il
marcha contre les
fils d’Ammon et fit un voeu à l’Éternel,
disant :
Jephté.
Si
tu livres entre mes mains les fils d’Ammon,
quiconque sortira
en premier des portes de ma maison
au-devant de moi,
je l’offrirai en holocauste à l’Éternel.
Choeur.
Puis Jephté marcha contre les fils
d’Ammon,
fort de l’esprit et
de la puissance de l’Éternel.
Duo
sopranos 1 et 2.
Les trompettes sonnaient et on
frappait les
tambours et la bataille fut engagée contre
les fils d’Ammon.
Basse 1.
Fuyez devant nous, jetez vos armes, horde
de barbares impies,
cédez-nous le passage et tombez
devant nos glaives
; car le Dieu d’Israël s’est levé pour
livrer bataille et
il combat contre vous.
Choeur.
Fuyez, cédez, barbares impies, nous vous
éparpillerons
dans la fureur de
nos glaives.
Narrateur soprano 3.
Alors Jephté fit éprouver une
grande défaite aux
fils d’Ammon, s’empara d’une vingtaine
de villes et il y
eut un grand massacre.
Trio soprano 1 et 2, alto.
Et les fils d’Ammon furent
humiliés devant les
enfants d’Israël.
Narrateur basse 2.
Jephté retourna dans sa maison à
Mitspa. Et voici,
sa fille sortit au-devant de lui avec des
tambourins et des
danses, et elle chantait ainsi :
Fille.
Venez, battez en joie et les tambourins et faites
sonner les
cymbales. Adressons nos chants au Seigneur,
offrons-lui nos
hymnes. Louons le Dieu des
Cieux. Exaltons le
grand Roi qui nous rend le grand
héros des enfants
d’Israël.
Duo
soprano 4 et 5.
Offrons nos hymnes au Seigneur,
adressons-lui nos
chants, à celui qui nous a donné la
gloire et aux
enfants d’Israël la victoire.
Fille.
Chantez avec moi au Seigneur, chantez peuples,
louons le grand Roi
des guerres qui nous a donné la
gloire et aux
enfants d’Israël la victoire.
Choeur.
Chantons tous au Seigneur, louons le
grand Roi
des guerres qui
nous a donné la gloire et aux enfants
d’Israël la
victoire.
Narrateur alto.
Dès que Jephté vit sa fille unique, sa
bien-aimée qui
venait à sa rencontre, il se souvenait de
son voeu à
l’éternel et déchira ses vêtements et dit :
Jephté.
Hélas, ma fille, malheur à moi ! Tu m’as mené
à ma perte, toi ma
fille unique, et toi aussi, ma fille, tu
es perdue.
Fille.
Qu’ai-je fait, mon père, pour te mener à ta perte,
et comment se
peut-il que moi aussi, je sois perdue ?
Jephté.
J’ai fait un voeu à l’Éternel que
quiconque
sortirait en
premier des portes de ma maison au-devant
de moi, je
l’offrirais en holocauste à l’Éternel. Hélas, ma
fille, tu m’as mené
à ma perte, toi ma fille unique, et toi
aussi, tu es
perdue.
Fille.
Ô mon père, tu as fait un voeu au
Seigneur et tu
es rentré
victorieux à ta maison. Il faut donc que tu accomplisses
ton voeu, il faut
que tu m’offres au Seigneur
en holocauste. Mais
avant que je ne meure, Ô mon père,
accorde à ta fille
unique une seule chose.
Jephté.
Mais
que puis-je t’accorder pour te consoler,
ma fille, toi qui
dois mourir ?
Fille.
Laisse-moi partir pendant deux mois, que
je
puisse errer sur
les monts avec mes compagnes et
pleurer ma
virginité.
Jephté.
Pars donc, ma fille,
va pleurer ta
virginité.
Choeur.
Ainsi la fille de Jephté est partie vers
les monts,
pleurant avec ses
compagnes sa virginité, et disant :
Fille.
Ô monts, ô vallées, lamentez-vous sur la
tristesse
de mon coeur !
[Écho : lamentez-vous !] Car voilà ! Je
mourrai vierge, et
au moment de mon trépas, je n’aurai
pas la consolation
de mes enfants. Pleurez sur moi,
donc, bois,
fontaines et fleuves, pleurez la mort d’une
vierge ! [Écho :
pleurez !] Voyez comment je suis en deuil
quand le peuple se
réjouit, qu’Israël triomphe et que
mon père porte la
gloire ; car je suis vierge, sans enfant
et moi, fille
unique, je ne dois plus vivre, je dois mourir.
Tremblez, rochers,
soyez étonnés monts, vallées et
cavernes, résonnez
d’horreur et d’effroi ! [Écho : résonnez
!] Pleurez, enfant
d’Israël, pleurez ma virginité et
lamentez-vous en
cantiques de douleur sur le sort de la
fille unique de
Jephté.
Choeur.
Pleurez, enfants d’Israël, pleurez vierges,
lamentez-vous sur
le sort de la fille unique
de Jephté.
|
Antonio Vivaldi
(1678-1741)
GLORIA en ré Majeur R.V. 589 (vers 1713)
Antonio
Lucio Vivaldi (4 mars 1678, Venise - 28 juillet 1741, Vienne)
est un compositeur italien, l'un des principaux compositeurs de
la période baroque.
Issu d'une famille nombreuse,
Antonio Vivaldi naît le jour d'un tremblement de terre.
De constitution malingre, il manqua
de mourir au berceau et fut baptisé en urgence le jour de sa
naissance, par la sage-femme elle-même.
Son père, barbier mais aussi
violoniste talentueux à la basilique Saint-Marc, l'a aidé à
entamer une carrière musicale et l'a fait entrer dans
l'orchestre de la Cappella di San Marco, où il fut un
violoniste apprécié. Il souffrait d'asthme ce qui poussa son
père à le destiner à la prêtrise. Tonsuré en 1693, il devint
prêtre en 1703. Il était surnommé le « prêtre roux » en raison
de ses cheveux blond vénitien.
Dès 1704, il fut suspendu de ses
fonctions et obligations pour raisons médicales ce qui lui
permit de se consacrer entièrement à la musique. Il fut aussi
ainsi maître de violon à l'Ospedale della Pietà, un
hospice où il enseignait à des orphelines ; cet orchestre de
filles était à l'époque unique au monde et attirait beaucoup
d'étrangers riches. Il travaillait aussi comme impresario pour
le théâtre Sant'Angelo de Venise s'occupant des contrats et des
traites.
Très vite, il connut la gloire et la
renommée, et devint une des premières véritables étoiles de la
musique. Souvent accompagné de nombreuses jeunes filles, il fait
jaser. Il bradait ses manuscrits pour le prix d'un ducat le
concerto. Il vécut sa vieillesse dans la pauvreté et fut enterré
par le service des pauvres de l'hôpital.
Après sa mort, son œuvre tomba dans
l'oubli et fut redécouverte à partir de 1913 suite aux travaux
du musicologue Marc Pincherle. Ses œuvres furent rééditées à
partir des années 1950.
Né à Venise en mars 1678 et mort
à Vienne en juillet 1741, Vivaldi est connu sous le surnom de "prêtre roux". Sa
chevelure flamboyante et son ordination justifient en effet celui-ci. En 1703,
Vivaldi devient "maître de violon" au sein de l'Ospedale della Pietà, fondation
religieuse de grande renommée consacrée à l'éducation - essentiellement musicale
- des jeunes filles sans soutien familial. Cet établissement constitue pour
Vivaldi un lieu d'expérimentations d'écriture, tant pour ses concertos que pour
ses oeuvres sacrées, car c'est un véritable viver d'instrumentistes et de
chanteuses d'un excellent niveau musical. Le compositeur travaillera presque
toute sa vie - avec différents statuts - dans cette intitution de jeunes filles,
ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir de nombreux congés pour se consacrer à sa
carrière théâtrale (l'opéra) et voyager. Sa réputation sera immense de son
vivant, surtout comme violoniste.
Compositeur prolixe, on compte parmi
ses œuvres :
Plus de 500 concertos (dont 210 pour violon ou violoncelle
seuls)
46 opéras
des symphonies
73 sonates
de la musique de chambre
de la musique sacrée (« oratorio » Juditha Triumphans, deux
Gloria, Stabat Mater, Nisi Dominus, Beatus Vir, Magnificat,
Dixit Dominus)
son œuvre la plus célèbre est sans doute Les quatre saisons (Le
Quattro Stagioni).
GLORIA en ré Majeur R.V. 589 (vers 1713)
Formation :
Description :
Premiers versets du Gloria : la
partie s'adressant au Père.
C'est un chant de louange à la Sainte Trinité qui énumère les
qualités des trois personnes divines.
Le Gloria in excelsis est une hymne dont les premières
paroles reprennent le chant des anges à Bethléem (Lc 2,14), avec
une légère variation sur « au plus haut » : la
Vulgate emploie le terme
altissimis (sens physique ou géographique) et non
excelsis (suprême) comme le fait le
Gloria.
Le reste de l'hymne a été écrite pour en faire une
doxologie complète : chaque
personne de la
Trinité y est citée. La mention
du
Saint-Esprit y est à vrai dire
très courte, et d'un ajout tardif : à l'origine le chant était
plutôt construit comme une litanie invoquant le Christ.
Les versets suivent un rythme parallèle, beaucoup plus
manifeste en grec, où l'on a par exemple :
Kyrie basileu epouranie,
Thee pater
pantokrator
Historique
C'était à l'origine prière des
laudes, composée en
grec par l'Église d'Orient (où
une version plus tardive du
VIesiècle
est encore en usage). La version
latine reprend le texte grec
d'origine, en ajoutant « Tu solus altissimus » et « Cum
sancto Spiritu ». Le texte grec était plus long, et
continuait par « je te louerai chaque jour, et glorifierai ton
nom à jamais », suivit d'une dizaine de versets tirés des
Psaumes, avant de s'achever
par le
Trisagion (qui a donné le
texte du
Sanctus) et la
doxologie finale.
Le Gloria fut introduit dans la
messe de la nuit de
Noël au
IIe siècle,
par le pape
Télesphore. Il fut ensuite
étendu, entre le
VIe
et le
VIIIe
notamment par
Symmaque à d'autres messes dont
la fête de la
sainte Trinité, mais uniquement
si le
pape ou un
évêque la célébrait. Puis, à
partir du
XIIe siècle,
son emploi est généralisé à tous les prêtres pour tous les
dimanche et fêtes, à l'exception des dimanches de l'Avent
et du
Carême.
Emploi liturgique
Quand il doit être chanté, le Gloria prend
place après le
Kyrie, juste avant la prière
d'ouverture, ou Collecte. Actuellement, dans l'église
catholique romaine, le Gloria se dit aux messes de
solennité et de fête (même pendant l'avent et le carême), et aux
Dimanches en dehors de l'Avent et du Carême.
Il n'est en principe pas chanté pendant le
carême, ni aux messes des morts, ni aux mémoires.
On peut aussi le chanter pour solenniser une
célébration.
Il peut être entonné par le
prêtre, ou le
chantre, ou même tous ensemble.
Le chantre entonne le premier
verset « Gloria in excelsis
Deo », et l'assemblée continue le verset suivant « et in
terra pax hominibus ».
Chant grégorien:
Le
Graduel romain en donne une
vingtaine, classés par messe. Le plus connu des assemblées est
le Gloria VIII (dont le début est donné ci-contre), recommandé
par le Jubilate Deo
comme gloria de base grégorien pour toutes assemblées.
Dans le
répertoire grégorien, le style
du Gloria est le plus souvent
syllabique, mais varie d'un
style psalmodique (comme le Gloria Ambrosien) à un style presque
neumatique. Étant un chant
d'assemblée, et relativement long, les formules de type
mélismatique n'y seraient pas
opportunes. Il n'y a généralement qu'un court ornement sur le « Amen »
final.
Le GLORIA
fait partie des cinq chants principaux de
l'ordinaire de la messe
catholique
Kyrie
Gloria
Credo
Sanctus (avec
Benedictus)
Agnus Dei
-
Les premiers mots sont empruntés à l'
Evangile selon Saint Luc, et reprennent le chant des anges
s'adressant aux bergers, lors de la Nativité
-
suit la louange proprement dite, destinée
à Dieu le Père
-
puis le texte s'adresse au Christ, et
revêt parfois l'aspect d'une supplique , il s'achève par une
évocation du Saint-Esprit.
-
Vivaldi, lui se comporte avec une grande
liberté face au texte sacré : s'il lui arrive de diviser un
verset en deux, il en regroupe aussi plusieurs en un seul
épisode musical, et obtient ainsi 12 parties - chiffre
éminemment symbolique par rapport à la Sainte-Trinité (le
Père, le Fils, et le Saint-Esprit) - , là où le plain-chant
grégorien en compte 17.
Texte
|
1.Gloria in
excelsi
Gloria in
excelsis Deo Gloria in excelsis Deo
2.Et in terra pax
Et in terra pax, pax hominibus bonae voluntatis.
3.Laudamus te
Laudamus te.
Benedicimus te. Adoramus te.
Glorificamus te.
4. Gratias
agimus tibi Agimus gratias tibi
Gratias agimus tibi
5. Propter
magnam gloriam tuam
propter magnam gloriam tuam. |
Choeur -
Andante
Gloire à Dieu, au plus
haut des cieux,
Choeur - Andante
Et paix sur la
terre aux hommes de bonne volonté.
Soprani duet
Nous te louons, nous te
bénissons, nous t'adorons, nous te glorifions,
Choeur-Adagio
Nous te rendons grâce,
Choeur -
Allegro
pour ton immense
gloire, |
|
6. Domine Deus
|
Soprano-aria
|
Domine Deus,
Rex caelestis,
|
Seigneur Dieu,
Roi du ciel,
Dieu le Père
tout-puissant.
|
|
7. Domine Fili
unigenite
|
Choeur - Allegro
|
|
Domine Fili unigenite, Jesu Christe, |
Seigneur, Fils
unique, Jésus Christ,
|
|
8. Domine Deus,
Angus Dei
|
Choeur-alto solo - Adagio
|
|
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris,
Qui tollis
peccata mundi, miserere nobis. |
Seigneur Dieu,
Agneau de Dieu,le Fils du Père.
Toi qui enlèves
le péché du
monde, prends
pitié de nous
|
|
9. Qui tollis
peccata mundi
|
Choeur - Adagio
|
qui tollis
peccata mundi, suscipe deprecationem
nostram ;
|
Toi qui
enlèves le péché du monde, reçois
notre prière ;
|
|
10. Qui sedes
ad dexteram Patris
|
alto-aria -
Allegro
|
|
qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
|
Toi qui es
assis à la droite du Père, prends
pitié de nous.
|
|
11.Quoniam tu solus
sanctus
|
Choeur - Allegro
|
Quoniam tu solus
Sanctus,
tu solus Dominus,
tu solus
Altissimus, Jesu
Christe.
|
Car toi seul
es saint,
Toi seul es Seigneur,
Toi seul es le
Très-Haut,
|
|
12.
Cum Sancto Spiritu
|
Choeur - Allegro
|
|
Cum Sancto Spiritu in Gloria Dei Patris.
Amen. |
Jésus Christ,
avec le Saint-Esprit
Dans la gloire de Dieu le Père.
Amen.
|
Antonio Vivaldi
(1678-1741)
MAGNIFICAT, R.V. 610
Antonio
Lucio Vivaldi
(4 mars
1678, Venise - 28 juillet 1741, Vienne) est un compositeur
italien, l'un des principaux compositeurs de la période baroque.
Issu d'une famille nombreuse,
Antonio Vivaldi naît le jour d'un tremblement de terre.
De constitution malingre, il manqua
de mourir au berceau et fut baptisé en urgence le jour de sa
naissance, par la sage-femme elle-même.
Son père, barbier mais aussi
violoniste talentueux à la basilique Saint-Marc, l'a aidé à
entamer une carrière musicale et l'a fait entrer dans
l'orchestre de la Cappella di San Marco, où il fut un
violoniste apprécié. Il souffrait d'asthme ce qui poussa son
père à le destiner à la prêtrise. Tonsuré en 1693, il devint
prêtre en 1703. Il était surnommé le « prêtre roux » en raison
de ses cheveux blond vénitien.
Dès 1704, il fut suspendu de ses
fonctions et obligations pour raisons médicales ce qui lui
permit de se consacrer entièrement à la musique. Il fut aussi
ainsi maître de violon à l'Ospedale della Pietà, un
hospice où il enseignait à des orphelines ; cet orchestre de
filles était à l'époque unique au monde et attirait beaucoup
d'étrangers riches. Il travaillait aussi comme impresario pour
le théâtre Sant'Angelo de Venise s'occupant des contrats et des
traites.
Très vite, il connut la gloire et la
renommée, et devint une des premières véritables étoiles de la
musique. Souvent accompagné de nombreuses jeunes filles, il fait
jaser. Il bradait ses manuscrits pour le prix d'un ducat le
concerto. Il vécut sa vieillesse dans la pauvreté et fut enterré
par le service des pauvres de l'hôpital.
Après sa mort, son œuvre tomba dans
l'oubli et fut redécouverte à partir de 1913 suite aux travaux
du musicologue Marc Pincherle. Ses œuvres furent rééditées à
partir des années 1950.
Né à Venise en mars 1678 et mort à
Vienne en juillet 1741, Vivaldi est connu sous le surnom de "prêtre roux". Sa
chevelure flamboyante et son ordination justifient en effet celui-ci. En 1703,
Vivaldi devient "maître de violon" au sein de l'Ospedale della Pietà, fondation
religieuse de grande renommée consacrée à l'éducation - essentiellement musicale
- des jeunes filles sans soutien familial. Cet établissement constitue pour
Vivaldi un lieu d'expérimentations d'écriture, tant pour ses concertos que pour
ses oeuvres sacrées, car c'est un véritable viver d'instrumentistes et de
chanteuses d'un excellent niveau musical. Le compositeur travaillera presque
toute sa vie - avec différents statuts - dans cette intitution de jeunes filles,
ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir de nombreux congés pour se consacrer à sa
carrière théâtrale (l'opéra) et voyager. Sa réputation sera immense de son
vivant, surtout comme violoniste.
Compositeur prolixe, on compte parmi
ses œuvres :
Plus de 500 concertos (dont 210 pour violon ou violoncelle
seuls)
46 opéras
des symphonies
73 sonates
de la musique de chambre
de la musique sacrée (« oratorio » Juditha Triumphans, deux
Gloria, Stabat Mater, Nisi Dominus, Beatus Vir, Magnificat,
Dixit Dominus)
son œuvre la plus célèbre est sans doute Les quatre saisons (Le
Quattro Stagioni).
Le
Magnificat désigne le cantique de la
Vierge Marie
dont il est question dans l'Évangile
selon Luc au chapitre 1,
versets 46 à 56 (visite de Marie à Elisabeth). Il est aussi
appelé Cantique de Marie.
C'est le premier mot de la traduction
latine de
ce chant de louange. Il fait partie des
liturgies
romaine et byzantine, et a inspiré de nombreuses
œuvres musicales.
Chez les protestants, seule l'Église anglicane utilise ce chant,
de manière quotidienne, pour le culte du soir.
Ce
chant a été inspiré du
cantique d'Anne,
la mère du prophète Samuel. Il traduit le lien profond entre
l'espérance et la foi d'Israël et celle des chrétiens.
|
Magnificat anima mea Dominum, |
Mon âme exalte le Seigneur, |
|
et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo. |
et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur. |
|
Quia respexit humilitatem ancillae suae. |
Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante, |
|
Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes. |
Et voici que désormais on me dira bienheureuse de
génération en génération. |
|
Quia fecit mihi magna qui potens est. |
Car il fit pour moi de grandes choses, Celui qui est
Puissant, |
|
Et sanctum nomen ejus. |
Et saint est son nom. |
|
Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus
eum. |
Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le
craignent. |
|
Fecit potentiam in brachio suo. |
Il a placé la puissance dans son bras, |
|
Dispersit superbos mente cordis sui. |
Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux. |
|
Deposuit potentes de sedes, et exaltavit humiles. |
Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les
humbles. |
|
Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes. |
Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches
les mains vides. |
|
Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae
suae |
Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du
pardon qu'il avait promis |
|
Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini
ejus in saecula. |
(ainsi avait-il parlé à nos pères) à Abraham et à sa
descendance, pour les siècles. |
|
Gloria Patri, etc. |
Gloire au Père,
etc. |
Missa in C « Spatzenmesse » KV 220
(196b) W. A. Mozart
Messe des moineaux (Spatzenmesse)
de W. A. Mozart
Au cours de la Messe de Minuit,
la Maîtrise accompagnée par des solistes et des musiciens de
l’Orchestre Philharmonique de Nice, va chanter la Messe Brève
et Solennelle en Do Majeur pour solistes, chœur orchestre et
orgue, « SPATZEN MESSE » KV 220 de Wolfgang Amadeus MOZART.
MOZART a écrit la messe en Do
Majeur KV 220 « Spatzenmesse » vers 1775, alors qu’il était
Konzertmeister au service du prince archevêque de Salzbourg,
Hieronimus COLLOREDO,un homme à la personnalité dure et
exigeante.
Les conventions en vigueur pour
la musique d’église autrichienne étaient rigoureuses et MOZART
en souffrait, lui qui aurait préféré ajouter des suites d’air,
d’ensembles et de chœur dans le style de la cantate.
« Une messe célébrée par
l’archevêque, fut-elle solennelle, ne doit pas dépasser trois
quart d’heure. »
Ce style inhabituel de
composition, à la différence de la musique religieuse italienne,
requiert une certaine étude, en dépit de sa brièveté, la messe
doit être exécutée par tous les instruments y compris
trompettes, timbales.
C’est la première messe pour
laquelle Mozart respecta les exigences du Prince-Archevêque :
une messe courte et solennelle, dans laquelle l’habituel trio
d’église (deux violons et une basse) a été renforcé par les
trompettes et timbales.
Son surnom populaire de « messe
des moineaux » qui lui a été donné plus tard provient du motif
d’accompagnement des violons dans le Hosanna du Sanctus et du
Benedictus qui rappelle le piaillement des oiseaux.
-
Kyrie
2. Gloria
3. Credo
4.
Sanctus
5.
Benedictus
6. Agnus
Dei
Le
Dona nobis pacem
s'achève sur les 2 thèmes initiaux du
Kyrie.
Messe brève en do majeur, « Spatzen
Messe » dite « des Moineaux » (KV. 220)
Quoique la date de composition
de cette messe ne soit pas précisément connue, on suppose à bon
droit qu'elle fut écrite pour Salzbourg durant le séjour que fit
Mozart à Munich au tout début de l'année 1775. Séjour occasionné
par la création d'une commande, celle de l'opéra buffa La Finta
Giardiniera (donné
au cours des somptueuses fêtes du Carnaval), et qui verra le
triomphe d'un jeune homme de dix-neuf ans. On suppose également
que ce n'est pas sans intention que Colloredo entendit rappeler
à ses devoirs urbi celui qui, pour l'heure, se grisait
d'impudentes libertés orbi. Et c'est, en effet, sous les dehors
d'apparat d'une messe solennelle que Mozart dissimulera les
consignes « collorédiennes » de concision et de brièveté, ces
fameux trois quarts d'heure habituellement concédés au genre de
la messe brève.
Effectif: 4 voix; choeur; 2
trompettes, 3 trombones, timbales, cordes et orgue.
La Messe en ut majeur, appelée «
Messe des moineaux », fut composée à l'époque où Mozart était
maître de concert à la cour de Salzbourg. Ce poste qu'il occupa
avec un salaire fixe à partir du 9 juillet 1772 et qu'il avait
occupé les années précédentes à titre honorifique lui offrait
comme compositeur les possibilités les plus diverses tout en lui
lançant aussi les défis les plus variés. Durant cette période,
il écrivit pour la cour beaucoup de musique instrumentale et
sacrée ainsi que dramatique (la Serenata Il Sogno di Scipione et
Il rè pastore). La Messe en ut majeur fut vraisemblablement
écrite dans les années 1775-1776 et fait par de nombreux aspects
preuve de singularité dans l'oeuvre écrite par Mozart alors à
peine âgé de 20 ans.
La Messe appartient au genre de
la Missa brevis et solemnis largement répandu au XVIIIe siècle
dans le Sud de l'Allemagne et en Autriche. La messe brève est en
soi une messe abrégée et, en général, renonçant à l'emploi de
parties étendues des solistes. Elle est caractérisée par une
distribution réduite et n'est pas conçue pour les offices des
grandes fêtes, mais pour les messes des dimanches et des jours
de fête de moindre importance. Une messe solennelle est par
contre caractérisée par une distribution plus importante et,
surtout, par l'emploi de trompettes et de timbales aux côtés des
cordes, d'autres instruments à vent pouvant être également
utilisés. Elle est destinée aux grandes fêtes et est, en
général, d'une longueur considérable. La messe brève et
solennelle est un mélange des deux formes: Elle reprend la durée
et la facture de la messe brève en utilisant la pompeuse
distribution avec trompettes et timbales de la messe solennelle.
La Messe en ut majeur fut la
première Missa brevis et solemnis écrite par Mozart. Ceci doit
être attribué à la situation alors spéciale à la cour de
Salzbourg. Comme on le sait de source sûre, l'archevêque-comte
Hieronymus Joseph Franz von Paula von Colloredo souhaitait que
la durée de la célébration complète de l'office divin n'excédât
pas trois quarts d'heure. Le type de messe correspondant de
façon idéale à ce voeu était la messe brève et solennelle.
Une autre particularité de
l'oeuvre est la construction cyclique de la messe, un principe
de composition que Mozart utilise pour la première fois lors de
l'écriture de la Messe en ut majeur. Dans l'Agnus Dei («Dona
nobis pacem ») Mozart reprend les motifs du Kyrie donnant ainsi
à l'œuvre son unité musicale.
Une troisième particularité de
l'oeuvre est son caractère populaire. Il se signale à la fois
par des thèmes faciles à mémoriser et par la structure musicale
relativement simple. Mais il faut surtout souligner le fait que
Mozart, contrairement à toutes les conventions, n'utilise aucune
finesse contrapuntique. Les fugues qui, habituellement,
terminent le Gloria et le Credo sont absentes. Pour compenser,
Mozart joue sur la mélodique sentimentale caractérisant aussi
bien les solistes que les choeurs. Par sa simplicité et son
accès facile, la messe présente des points communs avec les
motets Sanda Maria, mater Dei KV 573 et Alma Dei creatoris KV
277/272a écrits peu après en 1777.
Les solos sont dans l'ensemble
très brefs et constituent de courtes interventions dans le
déroulement musical dominé essentiellement par le choeur. Les
Arias sont totalement absents. Seul le Benedictus présente des
aspects propres à l'aria: Il est certes écrit pour l'ensemble de
solistes à quatre voix, cependant la soprano domine de manière
indiscutable alors que les autres voix se contentent
d'accompagner.
Mozart traite l'orchestre comme
une partie indépendante. Parfois, ce dernier prend la fonction
de l'élément motorique musical, particulièrement dans le Gloria
et le Credo où il parsème le mouvement de rythmes et de figures
obstinés créant par cela unité et forme. A vrai dire, ce
traitement de l'orchestre n'est pas nouveau, mais un moyen
stylistique habituel dans la composition des messes lors du
premier quart du XVIIIe siècle. C'est également dans la partie
orchestrale que se trouve l'explication de l'appellation
populaire de « Messe des Moineaux » qui se base sur plusieurs
figures aux violons rappelant le chant des oiseaux (Sanctus,
mesures 8 et suivantes, Benedictus, mesures 32 et suivantes).
Le manuscrit autographe de la
Messe en ut majeur ne nous est pas parvenu. Il se trouvait à
l'origine dans un recueil contenant plusieurs messes de Mozart
conservé aujourd'hui à la Staatsbibliothek de Berlin –
PreuBischer Kulturbesitz. La liste des incipits écrit sur la
couverture du recueil par Leopold Mozart comprend également
celui de la Messe en ut majeur. Cependant, dès 1800, date à
laquelle le recueil fut acquis par Johann Anton André, il ne
contenait plus l'oeuvre. La source la plus importante est donc
représentée par un jeu de parties intégral conservé aux Archives
de la Cathédrale Saint-Pierre de Salzbourg. Il comporte quelques
inscriptions de la main de Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui
confirme donc son authenticité. Un jeu de parties provenant des
Archives des Kreuzherren d'Augsbourg et un autre jeu en
possession du monastère de Seeon sont d'autres sources
importantes.1
Mozart avait confié son
manuscrit de la Messe en ut majeur aux Kreuzherren d'Augsbourg
en 1777 pour qu'ils puissent en réaliser une copie. Le 20
novembre, il écrivait à son père:
J'y ai laissé la Messe en fa
majeur [KV 192/186f] et la première des messes brèves en ut
majeur [KV 220] et l'Offertoire en contrepoint en ré mineur [KV
222/205a]. Ma cousine [Maria Anna Thekla Mozart] est la
surveillante en chef. J'ai soigneusement récupéré l'Offertoire,
car je l'avais exigé en premier.2
Wolfgang Amadeus et Leopold
Mozart entretenaient de très bonnes relations avec Seeon. Ils
séjournèrent à de nombreuses reprises au monastère, la plupart
du temps en compagnie de bourgeois de Salzbourg venus rendre
visite à leurs fils. On sait de source sûre que Mozart écrivit
deux Offertoires pour le monastère: Scande coeli limina KV 34 et
Inter natos mulierum KV 72/74f. Les liens avec Seeon furent
rompus lorsque Mozart partit s'installer à Vienne en 1781, les
sources conservées au monastère étant donc surtout importantes
pour les débuts du compositeur.3
Le jeu de parties conservé à
Salzbourg est marqué par quelques traits particuliers à la
musique de la cathédrale repris aussi par la présente édition. A
la cathédrale de Salzbourg, la musique était exécutée dans deux
tribunes, solistes et choeur étant séparés. Chaque groupe était
accompagné par un orgue ce qui explique les deux parties
d'orgue: organo avec la partie d'orgue pour la tribune des
solistes, partie comprenant le continuo complet avec les
indications
« soli » et « tutti » (lors des interventions
du choeur) et organo ripieno pour la tribune du choeur ne
contenant que le continuo aux voix du choeur. L'organo ripieno
ne jouait donc que lorsque le choeur était sollicité.
Comme il était à l'époque
courant, les voix des solistes ne se contentaient pas de chanter
les solos, mais aussi les parties du choeur. À Salzbourg,
l'ensemble des solistes soutenait le choeur pour lequel il
existe des parties propres. Elles portent l'inscription ripieno
et ne comportent que les passages choraux. À Augsbourg et Seeon
au contraire, les parties chantées ne sont conservées que dans
une version
simple, ce qui permet trois
conclusions: 1. Les parties de double existant à l'origine ont
été perdues par la suite. 2. Plusieurs chanteurs chantaient en
utilisant la même partition. 3. La messe a été donné par un
ensemble de solistes. Cette dernière variante reflètera la
situation en cours dans des églises ne disposant ni des moyens
financiers ni du personnel de la cathédrale de Salzbourg. Le
fait que les parties instrumentales soient parvenues en un seul
exemplaire dans les sources d'Augsbourg et de Seeon correspond
d'ailleurs bien à cette situation. En général, à la cathédrale
de Salzbourg, les parties de ténor, d'alto et de basse du choeur
étaient doublées par des trombones. Le jeu de parties contient
donc des parties pour trombone alto, trombone ténor et trombone
basse n'ayant aucune autre fonction musicale que de soutenir les
parties chantées. Leur participation n'est
donc pas absolument nécessaire
d'autant plus que les matériels d'exécution provenance
d'Augsbourg et de Seeon ne comportent pas de parties de
trombones.
Il en est de même pour les
parties de continuo. Alors qu'une seule partie d'orgue à partir
de laquelle pouvaient théoriquement lire aussi un violoncelle et
(ou) une contrebasse est présente dans les sources d'Augsbourg
et de Seeon, le jeu de Salzbourg comprend une partie pour basson
et une pour violon en plus des deux orgues.4 Si l'on considère
que la distribution du continuo dépendait des conditions locales
d'exécution, on peut renoncer à
la partie de basson dans une exécution moderne car elle ne
remplit pas une fonction propre dans la composition et n'est
qu'une partie de continuo parmi tant d'autres.
L'absence des altos n'est pas
une particularité propre à Salzbourg. Elle correspond plus à une
pratique en vigueur dans le sud de l'Allemagne et en Autriche
consistant à ne pas utiliser l'alto dans la musique sacrée et
remontant probablement au « trio d'église » constitué par deux
violons et une basse de la Sonata da Chiesa, la forme de la
sonate en trio en usage dans les églises.
Pour les notes, voir
l'avant-propos allemand.
München, juin 2000
Berthold Over
Traduction: Jean Paul Ménière
Kyrie
Kyrie eleison.
Christe eleison.
Gloria
Gloria in excelsis Deo,
Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.
Laudamus te.
Benedicimus te.
Adoramus te.
Glorificamus te.
Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.
Domine Deus, Rex caelestis, Deus Pater omnipotens.
Domine Fili unigenite, Jesu Christe.
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem
nostram.
Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus,
Tu solus Altissimus, Jesu Christe.
Cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris.
Amen.
Credo
Credo in unum Deum,
Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae,
Visibilium omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei
unigenitum,
Et ex Patre natum ante omnia saecula.
Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero.
Genitum, non factum, consubstantialem Patri:
Per quem omnia facta sunt.
Qui propter nos homines, et propter nostram salutem
Descendit de caelis.
Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine:
Et homo factus est.
Crucifixus etiam pro nobis:
Sub Pontio Pilato passus, et sepultus est.
Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas.
Et ascendit in caelum: sedet ad dexteram Patris.
Et iterum venturus est cum gloria,
Judicare vivos et mortuos: cujus regni non erit
finis.
Et in spiritum Sanctum, Dominum et vivificanctem:
Qui ex Patre Filioque procedit.
Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et
conglorificatur:
Qui locutus est per Prophetas.
Et unam sanctam catholicam et apostolicam Ecclesiam.
Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum.
Et expecto resurrectionem mortuorum.
Et vitam venturi saeculi.
Amen.
Sanctus
Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt caeli et terra gloria tua.
Hosanna in excelsis!
Benedictus
Benedictus qui venit in nomini Domini.
Hosanna in excelsis!
Agnus Dei
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Miserere nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Miserere nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Dona nobis pacem. |
Kyrie
Seigneur, aie pitié de nous.
Christ, aie pitié de nous.
Gloria
Gloire à Dieu au plus haut des cieux
Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Nous te louons.
Nous te bénissons.
Nous t'adorons.
Nous te glorifions.
Et nous te rendons grâce pour ta gloire immense.
Seigneur Dieu, Roi du ciel, Dieu Père tout-puissant.
Seigneur Fils unique, Jésus Christ.
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père.
Toi qui enlève les péchés du monde, aie pitié de
nous.
Toi qui enlève les péchés du monde, accueille notre
prière.
Toi qui siège à la droite du Père, aie pitié de
nous.
Car c'est toi le seul Saint, toi le seul Seigneur,
Toi le seul Très Haut, Jésus Christ.
Avec le Saint Esprit, dans la gloire de Dieu le
Père.
Amen.
Credo
Je crois en un seul Dieu,
Le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la
terre,
De toutes choses visibles et invisibles.
Je crois en un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils
unique de Dieu,
Né du Père avant tous les siècles.
Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai
Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père,
Et par qui tout a été créé.
C'est lui qui, pour nous les hommes, et pour notre
Salut,
Est descendu des cieux.
Il a pris chair de la Vierge Marie, par l'action du
Saint Esprit,
Et il s'est fait homme.
Puis il fut crucifié pour nous sous Ponce Pilate:
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour, suivant les
Ecritures.
Il monta aux cieux, où il siège à la droite du Père.
De nouveau il viendra dans la gloire,
Pour juger les vivants et les morts: et son règne
n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui
donne la vie,
Qui procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et
même gloire.
Il a parlé par les prophètes.
Je crois aussi à l'Eglise une, sainte, catholique et
apostolique.
Je reconnais un seul baptème pour la rémission des
péchés.
Et j'attends la résurrection des morts,
Et la vie du monde à venir.
Amen.
Sanctus
Saint, Saint, Saint, Seigneur Dieu de Sabaoth.
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
Hosanna au plus haut des cieux!
Benedictus
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des cieux!
Agnus Dei
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Donne nous la paix. |
|