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STAGE MUSIQUE-MONTAGNE 2010


J
ephté de Carissimi

Gloria de Vivaldi, RV 589

Magnificat de Vivaldi, RV 610

Spatzenmesse de Mozart, KV 220

Jephte de Carissimi

Carissimi est né à Marino, dans la région romaine en 1605. On ignore tout de sa formation qui doit évidemment avoir été faite dans la tradition de la polyphonie qu’il pratiquera encore avec succès. En 1624, il est chantre à Tivoli, dès 1628, maître de chapelle de la cathédrale d’Assise, et en 1630, maître de chapelle de l’église Saint-Apollinaire à Rome. À cette église des Jésuites est attaché le Collegium Germanicum, institution qui accueillait les jeunes artistes étrangers qui venaient compléter leur formation dans la cité pontificale. C’est là que virent le jour les premiers oratorios. À l’origine, ces oratorios étaient conçus comme des intermèdes insérés entre les parties des grandes prédications de la Semaine Sainte. Les sujets étaient empruntés aux Saintes Écritures (Ancien, puis aussi Nouveau Testament) et choisis selon les valeurs morales qu’ils pouvaient illustrer. Le langage est celui de l’opéra avec ses récitatifs dramatiques, ses airs émouvants, ses scènes de caractère.

Jephté est sans conteste l’un des oratorios les plus parfaits de Carissimi. Général israélite, Jephté avait promis à Dieu de sacrifier la première personne qu’il rencontrerait à son retour, s’il revenait victorieux des Ammonites.

Le début de l’oratorio illustre les combats. Les Ammonites sont vaincus et Jephté rentre victorieux. C’est sa fille qui l’accueille avec enthousiasme. Jephté est contraint d’annoncer à sa fille le serment qui le lie à Dieu. Celle-ci accepte le sort qui lui est destiné. Son chant est l’un des plus beaux lamentos de l’époque baroque. C’est le choeur qui conclut l’oratorio, amplifiant le sentiment d’abnégation et de tristesse qui avait envahi le chant de la fille de Jephté.

Jephté, fils de Galaad et d'une prostituée, est une figure biblique, remarquée par l'auteur du Livre de Samuel. Il y apparaît comme bon serviteur de Dieu et comme libérateur de son peuple au même titre que Samuel lui-même: «Et Yhwh a envoyé Yeroubaal, Bedân, Jephté et Samuel. Il vous a délivré de vos ennemis alentour, vous étiez en sécurité.» (1 Samuel, 12, 11). Or, fidèle à son serment envers Dieu, Jepthé se crut obligé de sacrifier sa fille, son enfant unique, après sa victoire sur les Ammonites. L'histoire de Jephté a inspiré non seulement les auteurs de la Bible, mais aussi les écrivains, les dramaturges et les artistes.

 

Le récit biblique (Juges, 11)
Chassé de la maison paternelle par ses frères, Jephté s'établit dans le pays de Tov. Plus tard, lorsque les Ammonites attaquèrent Israel, les anciens vinrent chercher Jephté lui demandant de se porter à leur tête afin de combattre leurs agresseurs.

- «Ne me haïssez-vous donc pas, répliqua Jephté, ne m'avez-vous pas chassé de la maison de mon père? Pourquoi alors faire appel à moi, maintenant que vous êtes opprimés?» (11,7)
-«C'est pour cette raison même, répondirent les anciens, que nous sommes revenus à toi. Accompagne-nous: tu affronteras les Ammonites et seras chef ainsi que celui de tous les habitants de Galaad.» (11,8)

L'esprit de Yhwh souffla sur Jephté, qui parcourut le Galaad et Manassé, passa par Mitspé de Galaad et, de là, chez les Ammonites. Alors il fit un voeu à Yhwh:

- Si tu remets entre mes mains les Ammonites, appartiendra à Yhwh et sera par moi offert en holocauste celui qui, le premier, lorsque je reviendrai sain et sauf du combat, sortira des portes de ma maison pour m'accueillir.

Pour les attaquer, Jephté passa ensuite chez les Ammonites et Yhwh les remit en son pouvoir. Il les battit depuis Aroër jusqu'aux environs de Minnit, vingt villes en tout, et même jusqu'à Avel-Keramim. Ce fut un très grand cataclysme et les Ammonites en furent humiliés devant Israël.

Lorsque Jephté s'en revint à sa maison de Mitspa, sa fille dansant au son des tambourins, gambada à sa rencontre. Elle était son unique enfant: en dehors d'elle, il n'avait ni fils ni fille. À peine l'aperçut-il qu'il se mit à déchirer ses vêtements en s'écriant:

- Malheur, ma fille, tu me fais vaciller sur moi-même! Tu me piétines le coeur!
Je me suis, moi, engagé devant Yhwh et ne puis plus revenir en arrière!
- Père, répondit-elle, si tu t'es engagé devant Yhwh, et puisque Yhwh t'a permis de te venger de tes ennemis les fils des Ammonites, alors traite-moi selon ce serment. Accorde-moi cependant, ajouta-t-elle, un sursis de deux mois durant lequel, de haut en bas, j'errerai dans les montagnes et, avec mes compagnes, pleurerai sur mon adolescence.
- Va, lui, accorda-t-il, la laissant partir pour deux mois.

Elle et ses compagnes s'en allèrent donc et, dans les montagnes, elle sanglota sur son adolescence sacrifiée. Ce délai écoulé, elle revint à son père qui accomplit sur elle le voeu qu'il avait prononcé. Elle n'avait pas connu d'homme et de là vint, en Israël, la coutume selon laquelle chaque année, quatre jours durant, les filles d'Israël s'en vont célébrer l'enfant de Jephté le Galaadite. (11, 29-40)

 

Historicus Alto. Cum vocasset in proelium filios

Israel rex filiorum Ammon, et verbis Jephte acquiescere

noluisset, factus est super Jephte Spiritus

Domini, et progressus ad filios Ammon votum vovit

Domini dicens :

 

Jephte. Si tradiderit Dominus filios ammon in manus

meas, quicumque primus de domo mea occurrerit

mihi, offeram illum Domino in holocaustum.

 

Chorus. Transivit ergo Jephte ad filios Ammon, ut in

spiritu forti et virtute Domini pugnaret contra eos.

 

Duet sopranos 1 et 2. Et clangevant tubae, et

personabant tympana, et proelium commissum est

adversus Ammon.

 

Bass 1. Fugite, cedite, impii, perite gentes, occumbite

in gladio ; Dominus exercituum in proelium surrexit,

et pugnat contra vos.

 

 

Chorus. Fugite, cedite, impii, corruite, et in furore

gladii dissipamini.


Historicus soprano 3. Et percussit Jephte viginte

civitates Ammon plaga magna nimis.

 

 

Trios soprano 1 et 2, alto. Et ululantes filii Ammon,

facti sunt coram filiis Israel humilitati.

 

Historicus basse 2. Cum autem victor Jephte in domum

suam reverteretur, occurrens ei unigenita filia

sua cum tympanis et choris praecinebat :

 

Filia. Incipite in tympanis et psallite in cymbalis.

Hymnum cantemus Domino, et modulemur

canticum. Laudemus regem coelitum, laudemus

belli principem, qui filiorum Israel victore ducem

reddidit.

 

Duet sopranos 4 et 5. Hymnum cantemus Domino,

et modulemur canticum, qui dedit nobis gloriam et

Israel victoriam.

 

Filia. Cantate mecum Domino, cantate omnes populi,

laudate belli principem, qui nobis dedit gloriam et

Israel victoriam.

 

Chorus. Cantemus omnes Domino, laudemus belli

principem, qui nobis dedit gloriam et Israel

victoriam.

 

Historicus alto. Cum vidisset Jephte, qui votum Domino

voverat, filiam suam venientem in occursum, in

dolore et lachrimis scidit vestimenta sua et ait :

Jephté. Heu mihi ! filia mea, heu decepisti me,

filia unigenita, et tu pariter, heu filia mea decepta es.

 

 

Filia. Cur ego te pater decepi, et cur ego filia tua

unigenita decepta sum ?

 

Jephte. Aperui os meum ad dominum, ut qui cumque

primus de domo mea occurrerit mihi offeram illum

domino in holocaustum.

Heu mihi ! filia mea, heu decepisti me, et tu pariter,

heu filia mea, decepta es.

 

Filia. Pater mi, si vovisti votum Domino reversus

victor ab hostibus, ece ego, filia tua unigenita,

offer me in holocaustum victoriae tuae, hoc solum

pater mi praesta filiae tuae unigenitae ante quam

moriar.

 

Jephté. Qui poterit animam tuam, quid poterit te,

moritura filia, consolari ?

Filia. Dimitte me, ut duobu mensibus circumeam

montes, ut cum sodalibus meis, plangam virginitatem

meam.

 

Jephté. Vade, filia mea unigenita,

et plange viriginitatem tuam.

 

Chorus. Abiit ergo in montes filia Jephte, et plarabat

cum sodalibus virginitatem suam, dicens :

 

Filia. Plorate colles, dolete montes, et in afflitione

cordis mei ululate ! [Echo : ululate !] Ecce moriar

virgo et non potero morte mea meis filiis consolari,

ingemiscite silvae, fontes et flumina, in interitu

virginis lachrimate ! [Echo : lachrimate !] Heu me

dolentum in laetitia populi, in victoria Israel et gloria

patris mei, ego, sine filiis virgo, ego, filia unigenita,

moriar et non vivam. Exhorrescite, rupes, obstupescite,

colles, valles, et cavernae, in sonitu horribili

resonate ! [Echo : resonate !] Plorate, Jephte filiam

unigenitam in carmine doloris lamentamini.

 

 

 

 

Chorus. Plorate, filii Israel, plorate, omnes virgines,

et filiam Jephte unigenitam in carmine doloris

lamentamini. Fac, ut tecum lugeam.

 

Narrateur Alto. Quand le roi des fils d’Ammon faisait la

guerre aux enfants d’Israël et ne voulait pas écouter les

paroles de Jephté, l’esprit de l’Éternel fut sur Jephté ; il

marcha contre les fils d’Ammon et fit un voeu à l’Éternel,

disant :

 

Jephté. Si tu livres entre mes mains les fils d’Ammon,

quiconque sortira en premier des portes de ma maison

au-devant de moi, je l’offrirai en holocauste à l’Éternel.

 

Choeur. Puis Jephté marcha contre les fils d’Ammon,

fort de l’esprit et de la puissance de l’Éternel.

 

Duo sopranos 1 et 2. Les trompettes sonnaient et on

frappait les tambours et la bataille fut engagée contre

les fils d’Ammon.

 

Basse 1. Fuyez devant nous, jetez vos armes, horde

de barbares impies, cédez-nous le passage et tombez

devant nos glaives ; car le Dieu d’Israël s’est levé pour

livrer bataille et il combat contre vous.

 

Choeur. Fuyez, cédez, barbares impies, nous vous éparpillerons dans la fureur de nos glaives.

 

Narrateur soprano 3. Alors Jephté fit éprouver une

grande défaite aux fils d’Ammon, s’empara d’une vingtaine

de villes et il y eut un grand massacre.

 

Trio soprano 1 et 2, alto. Et les fils d’Ammon furent

humiliés devant les enfants d’Israël.

 

Narrateur basse 2. Jephté retourna dans sa maison à

Mitspa. Et voici, sa fille sortit au-devant de lui avec des

tambourins et des danses, et elle chantait ainsi :

 

Fille. Venez, battez en joie et les tambourins et faites

sonner les cymbales. Adressons nos chants au Seigneur,

offrons-lui nos hymnes. Louons le Dieu des

Cieux. Exaltons le grand Roi qui nous rend le grand

héros des enfants d’Israël.

 

Duo soprano 4 et 5. Offrons nos hymnes au Seigneur,

adressons-lui nos chants, à celui qui nous a donné la

gloire et aux enfants d’Israël la victoire.

 

Fille. Chantez avec moi au Seigneur, chantez peuples,

louons le grand Roi des guerres qui nous a donné la

gloire et aux enfants d’Israël la victoire.

 

Choeur. Chantons tous au Seigneur, louons le grand Roi

des guerres qui nous a donné la gloire et aux enfants

d’Israël la victoire.

 

Narrateur alto. Dès que Jephté vit sa fille unique, sa

bien-aimée qui venait à sa rencontre, il se souvenait de

son voeu à l’éternel et déchira ses vêtements et dit :

Jephté. Hélas, ma fille, malheur à moi ! Tu m’as mené

à ma perte, toi ma fille unique, et toi aussi, ma fille, tu

es perdue.

 

Fille. Qu’ai-je fait, mon père, pour te mener à ta perte,

et comment se peut-il que moi aussi, je sois perdue ?

 

Jephté. J’ai fait un voeu à l’Éternel que quiconque

sortirait en premier des portes de ma maison au-devant

de moi, je l’offrirais en holocauste à l’Éternel. Hélas, ma

fille, tu m’as mené à ma perte, toi ma fille unique, et toi

aussi, tu es perdue.

 

Fille. Ô mon père, tu as fait un voeu au Seigneur et tu

es rentré victorieux à ta maison. Il faut donc que tu accomplisses

ton voeu, il faut que tu m’offres au Seigneur

en holocauste. Mais avant que je ne meure, Ô mon père,

accorde à ta fille unique une seule chose.

 

Jephté. Mais que puis-je t’accorder pour te consoler,

ma fille, toi qui dois mourir ?

Fille. Laisse-moi partir pendant deux mois, que je

puisse errer sur les monts avec mes compagnes et

pleurer ma virginité.

 

Jephté. Pars donc, ma fille,

va pleurer ta virginité.

 

Choeur. Ainsi la fille de Jephté est partie vers les monts,

pleurant avec ses compagnes sa virginité, et disant :

 

Fille. Ô monts, ô vallées, lamentez-vous sur la tristesse

de mon coeur ! [Écho : lamentez-vous !] Car voilà ! Je

mourrai vierge, et au moment de mon trépas, je n’aurai

pas la consolation de mes enfants. Pleurez sur moi,

donc, bois, fontaines et fleuves, pleurez la mort d’une

vierge ! [Écho : pleurez !] Voyez comment je suis en deuil

quand le peuple se réjouit, qu’Israël triomphe et que

mon père porte la gloire ; car je suis vierge, sans enfant

et moi, fille unique, je ne dois plus vivre, je dois mourir.

Tremblez, rochers, soyez étonnés monts, vallées et

cavernes, résonnez d’horreur et d’effroi ! [Écho : résonnez

!] Pleurez, enfant d’Israël, pleurez ma virginité et

lamentez-vous en cantiques de douleur sur le sort de la

fille unique de Jephté.

 

Choeur. Pleurez, enfants d’Israël, pleurez vierges,

lamentez-vous sur le sort de la fille unique

de Jephté.

 

 

Antonio Vivaldi (1678-1741)

GLORIA en ré Majeur R.V. 589 (vers 1713) 

Antonio Lucio Vivaldi (4 mars 1678, Venise - 28 juillet 1741, Vienne) est un compositeur italien, l'un des principaux compositeurs de la période baroque.

Issu d'une famille nombreuse, Antonio Vivaldi naît le jour d'un tremblement de terre.

De constitution malingre, il manqua de mourir au berceau et fut baptisé en urgence le jour de sa naissance, par la sage-femme elle-même.

Son père, barbier mais aussi violoniste talentueux à la basilique Saint-Marc, l'a aidé à entamer une carrière musicale et l'a fait entrer dans l'orchestre de la Cappella di San Marco, où il fut un violoniste apprécié. Il souffrait d'asthme ce qui poussa son père à le destiner à la prêtrise. Tonsuré en 1693, il devint prêtre en 1703. Il était surnommé le « prêtre roux » en raison de ses cheveux blond vénitien.

Dès 1704, il fut suspendu de ses fonctions et obligations pour raisons médicales ce qui lui permit de se consacrer entièrement à la musique. Il fut aussi ainsi maître de violon à l'Ospedale della Pietà, un hospice où il enseignait à des orphelines ; cet orchestre de filles était à l'époque unique au monde et attirait beaucoup d'étrangers riches. Il travaillait aussi comme impresario pour le théâtre Sant'Angelo de Venise s'occupant des contrats et des traites.

Très vite, il connut la gloire et la renommée, et devint une des premières véritables étoiles de la musique. Souvent accompagné de nombreuses jeunes filles, il fait jaser. Il bradait ses manuscrits pour le prix d'un ducat le concerto. Il vécut sa vieillesse dans la pauvreté et fut enterré par le service des pauvres de l'hôpital.

Après sa mort, son œuvre tomba dans l'oubli et fut redécouverte à partir de 1913 suite aux travaux du musicologue Marc Pincherle. Ses œuvres furent rééditées à partir des années 1950.

 

Né à Venise en mars 1678 et mort à Vienne en juillet 1741, Vivaldi est connu sous le surnom de "prêtre roux". Sa chevelure flamboyante et son ordination justifient en effet celui-ci. En 1703, Vivaldi devient "maître de violon" au sein de l'Ospedale della Pietà, fondation religieuse de grande renommée consacrée à l'éducation - essentiellement musicale - des jeunes filles sans soutien familial. Cet établissement constitue pour Vivaldi un lieu d'expérimentations d'écriture, tant pour ses concertos que pour ses oeuvres sacrées, car c'est un véritable viver d'instrumentistes et de chanteuses d'un excellent niveau musical. Le compositeur travaillera presque toute sa vie - avec différents statuts - dans cette intitution de jeunes filles, ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir de nombreux congés pour se consacrer à sa carrière théâtrale (l'opéra) et voyager. Sa réputation sera immense de son vivant, surtout comme violoniste.

Compositeur prolixe, on compte parmi ses œuvres :
Plus de 500 concertos (dont 210 pour violon ou violoncelle seuls)
46 opéras
des symphonies
73 sonates
de la musique de chambre
de la musique sacrée (« oratorio » Juditha Triumphans, deux Gloria, Stabat Mater, Nisi Dominus, Beatus Vir, Magnificat, Dixit Dominus)
son œuvre la plus célèbre est sans doute Les quatre saisons (Le Quattro Stagioni).

 

GLORIA en ré Majeur R.V. 589 (vers 1713) 

Formation :

Description :

Premiers versets du Gloria : la partie s'adressant au Père.

C'est un chant de louange à la Sainte Trinité qui énumère les qualités des trois personnes divines.

Le Gloria in excelsis est une hymne dont les premières paroles reprennent le chant des anges à Bethléem (Lc 2,14), avec une légère variation sur « au plus haut » : la Vulgate emploie le terme altissimis (sens physique ou géographique) et non excelsis (suprême) comme le fait le Gloria.

Le reste de l'hymne a été écrite pour en faire une doxologie complète : chaque personne de la Trinité y est citée. La mention du Saint-Esprit y est à vrai dire très courte, et d'un ajout tardif : à l'origine le chant était plutôt construit comme une litanie invoquant le Christ.

Les versets suivent un rythme parallèle, beaucoup plus manifeste en grec, où l'on a par exemple :

Kyrie basileu epouranie,

Thee pater pantokrator

Historique

C'était à l'origine prière des laudes, composée en grec par l'Église d'Orient (où une version plus tardive du VIesiècle est encore en usage). La version latine reprend le texte grec d'origine, en ajoutant « Tu solus altissimus » et « Cum sancto Spiritu ». Le texte grec était plus long, et continuait par « je te louerai chaque jour, et glorifierai ton nom à jamais », suivit d'une dizaine de versets tirés des Psaumes, avant de s'achever par le Trisagion (qui a donné le texte du Sanctus) et la doxologie finale.

Le Gloria fut introduit dans la messe de la nuit de Noël au IIe siècle, par le pape Télesphore. Il fut ensuite étendu, entre le VIe et le VIIIe notamment par Symmaque à d'autres messes dont la fête de la sainte Trinité, mais uniquement si le pape ou un évêque la célébrait. Puis, à partir du XIIe siècle, son emploi est généralisé à tous les prêtres pour tous les dimanche et fêtes, à l'exception des dimanches de l'Avent et du Carême.

Emploi liturgique

Quand il doit être chanté, le Gloria prend place après le Kyrie, juste avant la prière d'ouverture, ou Collecte. Actuellement, dans l'église catholique romaine, le Gloria se dit aux messes de solennité et de fête (même pendant l'avent et le carême), et aux Dimanches en dehors de l'Avent et du Carême.

Il n'est en principe pas chanté pendant le carême, ni aux messes des morts, ni aux mémoires.

On peut aussi le chanter pour solenniser une célébration.

Il peut être entonné par le prêtre, ou le chantre, ou même tous ensemble. Le chantre entonne le premier verset « Gloria in excelsis Deo », et l'assemblée continue le verset suivant « et in terra pax hominibus ».

Chant grégorien:
Le Graduel romain en donne une vingtaine, classés par messe. Le plus connu des assemblées est le Gloria VIII (dont le début est donné ci-contre), recommandé par le Jubilate Deo comme gloria de base grégorien pour toutes assemblées.

Dans le répertoire grégorien, le style du Gloria est le plus souvent syllabique, mais varie d'un style psalmodique (comme le Gloria Ambrosien) à un style presque neumatique. Étant un chant d'assemblée, et relativement long, les formules de type mélismatique n'y seraient pas opportunes. Il n'y a généralement qu'un court ornement sur le « Amen » final.

Le GLORIA fait partie des cinq chants principaux de l'ordinaire de la messe catholique

Kyrie

Gloria

Credo

Sanctus (avec Benedictus)

Agnus Dei

  • Les premiers mots sont empruntés à l' Evangile selon Saint Luc, et reprennent le chant des anges s'adressant aux bergers, lors de la Nativité

  • suit la louange proprement dite, destinée à Dieu le Père

  • puis le texte s'adresse au Christ, et revêt parfois l'aspect d'une supplique , il s'achève par une évocation du Saint-Esprit.

  • Vivaldi, lui se comporte avec une grande liberté face au texte sacré : s'il lui arrive de diviser un verset en deux, il en regroupe aussi plusieurs en un seul épisode musical, et obtient ainsi 12 parties - chiffre éminemment symbolique par rapport à la Sainte-Trinité (le Père, le Fils, et le Saint-Esprit) - , là où le plain-chant grégorien en compte 17.

                                                                                                             Texte

1.Gloria in excelsi

Gloria in excelsis Deo Gloria in excelsis Deo

2.Et in terra pax
Et in terra pax, pax hominibus bonae voluntatis.

3.Laudamus te
Laudamus te. Benedicimus te. Adoramus te. Glorificamus te.


4. Gratias agimus tibi Agimus gratias tibi
Gratias agimus tibi

5. Propter magnam gloriam tuam
propter magnam gloriam tuam. 

Choeur - Andante

Gloire à Dieu, au plus haut des cieux,


Choeur - Andante
Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.

Soprani duet

Nous te louons, nous te bénissons, nous t'adorons, nous te glorifions,

Choeur-Adagio
Nous te rendons grâce,

Choeur - Allegro
pour ton immense gloire,


6. Domine Deus


Soprano-aria

Domine Deus, Rex caelestis,
Deus Pater omnipotens.
Seigneur Dieu, Roi du ciel,
Dieu le Père tout-puissant.


7. Domine Fili unigenite


Choeur - Allegro 

Domine Fili unigenite, Jesu Christe,

Seigneur, Fils unique, Jésus Christ,


8. Domine Deus, Angus Dei 


Choeur-alto solo - Adagio

Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris,
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis. 

Seigneur Dieu, Agneau de Dieu,le Fils du Père.
Toi qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous


9. Qui tollis peccata mundi 


Choeur - Adagio

qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram ;
Toi qui enlèves le péché du monde, reçois notre prière ;


10. Qui sedes ad dexteram Patris


alto-aria - Allegro

qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.

Toi qui es assis à la droite du Père, prends pitié de nous.


11.Quoniam tu solus sanctus


Choeur - Allegro

Quoniam tu solus Sanctus,
tu solus Dominus,
tu solus Altissimus, Jesu Christe.
Car toi seul es saint,
Toi seul es Seigneur,
Toi seul es le Très-Haut,


12. Cum Sancto Spiritu


Choeur - Allegro 

Cum Sancto Spiritu in Gloria Dei Patris.
Amen.

Jésus Christ, avec le Saint-Esprit
Dans la gloire de Dieu le Père. Amen.

 

Antonio Vivaldi (1678-1741)

MAGNIFICAT, R.V. 610

Antonio Lucio Vivaldi (4 mars 1678, Venise - 28 juillet 1741, Vienne) est un compositeur italien, l'un des principaux compositeurs de la période baroque.

Issu d'une famille nombreuse, Antonio Vivaldi naît le jour d'un tremblement de terre.

De constitution malingre, il manqua de mourir au berceau et fut baptisé en urgence le jour de sa naissance, par la sage-femme elle-même.

Son père, barbier mais aussi violoniste talentueux à la basilique Saint-Marc, l'a aidé à entamer une carrière musicale et l'a fait entrer dans l'orchestre de la Cappella di San Marco, où il fut un violoniste apprécié. Il souffrait d'asthme ce qui poussa son père à le destiner à la prêtrise. Tonsuré en 1693, il devint prêtre en 1703. Il était surnommé le « prêtre roux » en raison de ses cheveux blond vénitien.

Dès 1704, il fut suspendu de ses fonctions et obligations pour raisons médicales ce qui lui permit de se consacrer entièrement à la musique. Il fut aussi ainsi maître de violon à l'Ospedale della Pietà, un hospice où il enseignait à des orphelines ; cet orchestre de filles était à l'époque unique au monde et attirait beaucoup d'étrangers riches. Il travaillait aussi comme impresario pour le théâtre Sant'Angelo de Venise s'occupant des contrats et des traites.

Très vite, il connut la gloire et la renommée, et devint une des premières véritables étoiles de la musique. Souvent accompagné de nombreuses jeunes filles, il fait jaser. Il bradait ses manuscrits pour le prix d'un ducat le concerto. Il vécut sa vieillesse dans la pauvreté et fut enterré par le service des pauvres de l'hôpital.

Après sa mort, son œuvre tomba dans l'oubli et fut redécouverte à partir de 1913 suite aux travaux du musicologue Marc Pincherle. Ses œuvres furent rééditées à partir des années 1950.

Né à Venise en mars 1678 et mort à Vienne en juillet 1741, Vivaldi est connu sous le surnom de "prêtre roux". Sa chevelure flamboyante et son ordination justifient en effet celui-ci. En 1703, Vivaldi devient "maître de violon" au sein de l'Ospedale della Pietà, fondation religieuse de grande renommée consacrée à l'éducation - essentiellement musicale - des jeunes filles sans soutien familial. Cet établissement constitue pour Vivaldi un lieu d'expérimentations d'écriture, tant pour ses concertos que pour ses oeuvres sacrées, car c'est un véritable viver d'instrumentistes et de chanteuses d'un excellent niveau musical. Le compositeur travaillera presque toute sa vie - avec différents statuts - dans cette intitution de jeunes filles, ce qui ne l'empêchera pas d'obtenir de nombreux congés pour se consacrer à sa carrière théâtrale (l'opéra) et voyager. Sa réputation sera immense de son vivant, surtout comme violoniste.

Compositeur prolixe, on compte parmi ses œuvres :
Plus de 500 concertos (dont 210 pour violon ou violoncelle seuls)
46 opéras
des symphonies
73 sonates
de la musique de chambre
de la musique sacrée (« oratorio » Juditha Triumphans, deux Gloria, Stabat Mater, Nisi Dominus, Beatus Vir, Magnificat, Dixit Dominus)
son œuvre la plus célèbre est sans doute Les quatre saisons (Le Quattro Stagioni).

Le Magnificat désigne le cantique de la Vierge Marie dont il est question dans l'Évangile selon Luc au chapitre 1, versets 46 à 56 (visite de Marie à Elisabeth). Il est aussi appelé Cantique de Marie.

C'est le premier mot de la traduction latine de ce chant de louange. Il fait partie des liturgies romaine et byzantine, et a inspiré de nombreuses œuvres musicales. Chez les protestants, seule l'Église anglicane utilise ce chant, de manière quotidienne, pour le culte du soir.

Ce chant a été inspiré du cantique d'Anne, la mère du prophète Samuel. Il traduit le lien profond entre l'espérance et la foi d'Israël et celle des chrétiens.

Le texte latin et sa traduction

Magnificat anima mea Dominum,

Mon âme exalte le Seigneur,

et exsultavit spiritus meus in Deo salutari meo.

et mon esprit a exulté en Dieu, mon Sauveur.

Quia respexit humilitatem ancillae suae.

Car il a jeté les yeux sur l'humilité de sa servante,

Ecce enim ex hoc beatam me dicent omnes generationes.

Et voici que désormais on me dira bienheureuse de génération en génération.

Quia fecit mihi magna qui potens est.

Car il fit pour moi de grandes choses, Celui qui est Puissant,

Et sanctum nomen ejus.

Et saint est son nom.

Et misericordia ejus a progenie in progenies timentibus eum.

Et son pardon s'étend d'âge en âge sur ceux qui le craignent.

Fecit potentiam in brachio suo.

Il a placé la puissance dans son bras,

Dispersit superbos mente cordis sui.

Il a dispersé ceux dont le cœur était orgueilleux.

Deposuit potentes de sedes, et exaltavit humiles.

Il a renversé les puissants de leurs trônes et élevé les humbles.

Esurientes implevit bonis, et divites dimisit inanes.

Il a comblé de biens les affamés, et renvoyé les riches les mains vides.

Suscepit Israël puerum suum, recordatus misericordiae suae

Il a secouru Israël, son enfant, il s'est souvenu du pardon qu'il avait promis

Sicut locutus est ad patres nostros, Abraham et semini ejus in saecula.

(ainsi avait-il parlé à nos pères) à Abraham et à sa descendance, pour les siècles.

Gloria Patri, etc.

Gloire au Père, etc.

 

Missa in C « Spatzenmesse » KV 220 (196b) W. A. Mozart

Messe des moineaux (Spatzenmesse) de W. A. Mozart

Au cours de la Messe de Minuit, la Maîtrise accompagnée par des solistes et des musiciens de l’Orchestre Philharmonique de Nice, va chanter la Messe Brève et Solennelle en Do Majeur pour solistes, chœur orchestre et orgue, « SPATZEN MESSE » KV 220 de Wolfgang Amadeus MOZART.

MOZART a écrit la messe en Do Majeur KV 220  « Spatzenmesse » vers 1775, alors qu’il était Konzertmeister au service du prince archevêque de Salzbourg, Hieronimus COLLOREDO,un homme à la personnalité dure et exigeante.

Les conventions en vigueur pour la musique d’église autrichienne étaient rigoureuses et MOZART en souffrait, lui qui aurait préféré ajouter des suites d’air, d’ensembles et de chœur dans le style de la cantate.

« Une messe célébrée par l’archevêque, fut-elle solennelle, ne doit pas dépasser trois quart d’heure. »

Ce style inhabituel de composition, à la différence de la musique religieuse italienne, requiert une certaine étude, en dépit de sa brièveté, la messe doit être exécutée par tous les instruments y compris trompettes, timbales. 

C’est la première messe pour laquelle Mozart respecta les exigences du Prince-Archevêque : une messe courte et solennelle, dans laquelle l’habituel trio d’église (deux violons et une basse) a été renforcé par les trompettes et timbales.

Son surnom populaire de « messe des moineaux » qui lui a été donné plus tard provient du motif d’accompagnement des violons dans le Hosanna du Sanctus et du Benedictus qui rappelle le piaillement des oiseaux.

 

  1. Kyrie
    2. Gloria
    3. Credo
    4. Sanctus
    5. Benedictus
    6. Agnus Dei
    Le Dona nobis pacem s'achève sur les 2 thèmes initiaux du Kyrie.

 

Messe brève en do majeur, « Spatzen Messe » dite « des Moineaux » (KV. 220)

Quoique la date de composition de cette messe ne soit pas précisément connue, on suppose à bon droit qu'elle fut écrite pour Salzbourg durant le séjour que fit Mozart à Munich au tout début de l'année 1775. Séjour occasionné par la création d'une commande, celle de l'opéra buffa La Finta

Giardiniera (donné au cours des somptueuses fêtes du Carnaval), et qui verra le triomphe d'un jeune homme de dix-neuf ans. On suppose également que ce n'est pas sans intention que Colloredo entendit rappeler à ses devoirs urbi celui qui, pour l'heure, se grisait d'impudentes libertés orbi. Et c'est, en effet, sous les dehors d'apparat d'une messe solennelle que Mozart dissimulera les consignes « collorédiennes » de concision et de brièveté, ces fameux trois quarts d'heure habituellement concédés au genre de la messe brève.

Effectif: 4 voix; choeur; 2 trompettes, 3 trombones, timbales, cordes et orgue.

 

La Messe en ut majeur, appelée « Messe des moineaux », fut composée à l'époque où Mozart était maître de concert à la cour de Salzbourg. Ce poste qu'il occupa avec un salaire fixe à partir du 9 juillet 1772 et qu'il avait occupé les années précédentes à titre honorifique lui offrait comme compositeur les possibilités les plus diverses tout en lui lançant aussi les défis les plus variés. Durant cette période, il écrivit pour la cour beaucoup de musique instrumentale et sacrée ainsi que dramatique (la Serenata Il Sogno di Scipione et Il rè pastore). La Messe en ut majeur fut vraisemblablement écrite dans les années 1775-1776 et fait par de nombreux aspects preuve de singularité dans l'oeuvre écrite par Mozart alors à peine âgé de 20 ans.

La Messe appartient au genre de la Missa brevis et solemnis largement répandu au XVIIIe siècle dans le Sud de l'Allemagne et en Autriche. La messe brève est en soi une messe abrégée et, en général, renonçant à l'emploi de parties étendues des solistes. Elle est caractérisée par une distribution réduite et n'est pas conçue pour les offices des grandes fêtes, mais pour les messes des dimanches et des jours de fête de moindre importance. Une messe solennelle est par contre caractérisée par une distribution plus importante et, surtout, par l'emploi de trompettes et de timbales aux côtés des cordes, d'autres instruments à vent pouvant être également utilisés. Elle est destinée aux grandes fêtes et est, en général, d'une longueur considérable. La messe brève et solennelle est un mélange des deux formes: Elle reprend la durée et la facture de la messe brève en utilisant la pompeuse distribution avec trompettes et timbales de la messe solennelle.

La Messe en ut majeur fut la première Missa brevis et solemnis écrite par Mozart. Ceci doit être attribué à la situation alors spéciale à la cour de Salzbourg. Comme on le sait de source sûre, l'archevêque-comte Hieronymus Joseph Franz von Paula von Colloredo souhaitait que la durée de la célébration complète de l'office divin n'excédât pas trois quarts d'heure. Le type de messe correspondant de façon idéale à ce voeu était la messe brève et solennelle.

Une autre particularité de l'oeuvre est la construction cyclique de la messe, un principe de composition que Mozart utilise pour la première fois lors de l'écriture de la Messe en ut majeur. Dans l'Agnus Dei («Dona nobis pacem ») Mozart reprend les motifs du Kyrie donnant ainsi à l'œuvre son unité musicale.

Une troisième particularité de l'oeuvre est son caractère populaire. Il se signale à la fois par des thèmes faciles à mémoriser et par la structure musicale relativement simple. Mais il faut surtout souligner le fait que Mozart, contrairement à toutes les conventions, n'utilise aucune finesse contrapuntique. Les fugues qui, habituellement, terminent le Gloria et le Credo sont absentes. Pour compenser, Mozart joue sur la mélodique sentimentale caractérisant aussi bien les solistes que les choeurs. Par sa simplicité et son accès facile, la messe présente des points communs avec les motets Sanda Maria, mater Dei KV 573 et Alma Dei creatoris KV 277/272a écrits peu après en 1777.

Les solos sont dans l'ensemble très brefs et constituent de courtes interventions dans le déroulement musical dominé essentiellement par le choeur. Les Arias sont totalement absents. Seul le Benedictus présente des aspects propres à l'aria: Il est certes écrit pour l'ensemble de solistes à quatre voix, cependant la soprano domine de manière indiscutable alors que les autres voix se contentent d'accompagner.

Mozart traite l'orchestre comme une partie indépendante. Parfois, ce dernier prend la fonction de l'élément motorique musical, particulièrement dans le Gloria et le Credo où il parsème le mouvement de rythmes et de figures obstinés créant par cela unité et forme. A vrai dire, ce traitement de l'orchestre n'est pas nouveau, mais un moyen stylistique habituel dans la composition des messes lors du premier quart du XVIIIe siècle. C'est également dans la partie orchestrale que se trouve l'explication de l'appellation populaire de « Messe des Moineaux » qui se base sur plusieurs figures aux violons rappelant le chant des oiseaux (Sanctus, mesures 8 et suivantes, Benedictus, mesures 32 et suivantes).

Le manuscrit autographe de la Messe en ut majeur ne nous est pas parvenu. Il se trouvait à l'origine dans un recueil contenant plusieurs messes de Mozart conservé aujourd'hui à la Staatsbibliothek de Berlin – PreuBischer Kulturbesitz. La liste des incipits écrit sur la couverture du recueil par Leopold Mozart comprend également celui de la Messe en ut majeur. Cependant, dès 1800, date à laquelle le recueil fut acquis par Johann Anton André, il ne contenait plus l'oeuvre. La source la plus importante est donc représentée par un jeu de parties intégral conservé aux Archives de la Cathédrale Saint-Pierre de Salzbourg. Il comporte quelques inscriptions de la main de Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui confirme donc son authenticité. Un jeu de parties provenant des Archives des Kreuzherren d'Augsbourg et un autre jeu en possession du monastère de Seeon sont d'autres sources importantes.1

Mozart avait confié son manuscrit de la Messe en ut majeur aux Kreuzherren d'Augsbourg en 1777 pour qu'ils puissent en réaliser une copie. Le 20 novembre, il écrivait à son père:

J'y ai laissé la Messe en fa majeur [KV 192/186f] et la première des messes brèves en ut majeur [KV 220] et l'Offertoire en contrepoint en ré mineur [KV 222/205a]. Ma cousine [Maria Anna Thekla Mozart] est la surveillante en chef. J'ai soigneusement récupéré l'Offertoire, car je l'avais exigé en premier.2

Wolfgang Amadeus et Leopold Mozart entretenaient de très bonnes relations avec Seeon. Ils séjournèrent à de nombreuses reprises au monastère, la plupart du temps en compagnie de bourgeois de Salzbourg venus rendre visite à leurs fils. On sait de source sûre que Mozart écrivit deux Offertoires pour le monastère: Scande coeli limina KV 34 et Inter natos mulierum KV 72/74f. Les liens avec Seeon furent rompus lorsque Mozart partit s'installer à Vienne en 1781, les sources conservées au monastère étant donc surtout importantes pour les débuts du compositeur.3

Le jeu de parties conservé à Salzbourg est marqué par quelques traits particuliers à la musique de la cathédrale repris aussi par la présente édition. A la cathédrale de Salzbourg, la musique était exécutée dans deux tribunes, solistes et choeur étant séparés. Chaque groupe était accompagné par un orgue ce qui explique les deux parties d'orgue: organo avec la partie d'orgue pour la tribune des solistes, partie comprenant le continuo complet avec les indications

« soli » et « tutti » (lors des interventions du choeur) et organo ripieno pour la tribune du choeur ne contenant que le continuo aux voix du choeur. L'organo ripieno ne jouait donc que lorsque le choeur était sollicité.

Comme il était à l'époque courant, les voix des solistes ne se contentaient pas de chanter les solos, mais aussi les parties du choeur. À Salzbourg, l'ensemble des solistes soutenait le choeur pour lequel il existe des parties propres. Elles portent l'inscription ripieno et ne comportent que les passages choraux. À Augsbourg et Seeon au contraire, les parties chantées ne sont conservées que dans une version

simple, ce qui permet trois conclusions: 1. Les parties de double existant à l'origine ont été perdues par la suite. 2. Plusieurs chanteurs chantaient en utilisant la même partition. 3. La messe a été donné par un ensemble de solistes. Cette dernière variante reflètera la situation en cours dans des églises ne disposant ni des moyens financiers ni du personnel de la cathédrale de Salzbourg. Le fait que les parties instrumentales soient parvenues en un seul exemplaire dans les sources d'Augsbourg et de Seeon correspond d'ailleurs bien à cette situation. En général, à la cathédrale de Salzbourg, les parties de ténor, d'alto et de basse du choeur étaient doublées par des trombones. Le jeu de parties contient donc des parties pour trombone alto, trombone ténor et trombone basse n'ayant aucune autre fonction musicale que de soutenir les parties chantées. Leur participation n'est

donc pas absolument nécessaire d'autant plus que les matériels d'exécution provenance d'Augsbourg et de Seeon ne comportent pas de parties de trombones.

Il en est de même pour les parties de continuo. Alors qu'une seule partie d'orgue à partir de laquelle pouvaient théoriquement lire aussi un violoncelle et (ou) une contrebasse est présente dans les sources d'Augsbourg et de Seeon, le jeu de Salzbourg comprend une partie pour basson et une pour violon en plus des deux orgues.4 Si l'on considère que la distribution du continuo dépendait des conditions locales

d'exécution, on peut renoncer à la partie de basson dans une exécution moderne car elle ne remplit pas une fonction propre dans la composition et n'est qu'une partie de continuo parmi tant d'autres.

L'absence des altos n'est pas une particularité propre à Salzbourg. Elle correspond plus à une pratique en vigueur dans le sud de l'Allemagne et en Autriche consistant à ne pas utiliser l'alto dans la musique sacrée et remontant probablement au « trio d'église » constitué par deux violons et une basse de la Sonata da Chiesa, la forme de la sonate en trio en usage dans les églises.

Pour les notes, voir l'avant-propos allemand.

München, juin 2000                                                                                                               Berthold Over

Traduction: Jean Paul Ménière

Kyrie
Kyrie eleison.
Christe eleison.

Gloria
Gloria in excelsis Deo,
Et in terra pax hominibus bonae voluntatis.
Laudamus te.
Benedicimus te.
Adoramus te.
Glorificamus te.
Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam.
Domine Deus, Rex caelestis, Deus Pater omnipotens.
Domine Fili unigenite, Jesu Christe.
Domine Deus, Agnus Dei, Filius Patris.
Qui tollis peccata mundi, miserere nobis.
Qui tollis peccata mundi, suscipe deprecationem nostram.
Qui sedes ad dexteram Patris, miserere nobis.
Quoniam tu solus Sanctus, tu solus Dominus,
Tu solus Altissimus, Jesu Christe.
Cum Sancto Spiritu, in gloria Dei Patris.
Amen.


Credo
Credo in unum Deum,
Patrem omnipotentem, factorem caeli et terrae,
Visibilium omnium et invisibilium.
Et in unum Dominum Jesum Christum, Filium Dei unigenitum,
Et ex Patre natum ante omnia saecula.
Deum de Deo, lumen de lumine, Deum verum de Deo vero.
Genitum, non factum, consubstantialem Patri:
Per quem omnia facta sunt.
Qui propter nos homines, et propter nostram salutem
Descendit de caelis.
Et incarnatus est de Spiritu Sancto ex Maria Virgine:
Et homo factus est.
Crucifixus etiam pro nobis:
Sub Pontio Pilato passus, et sepultus est.
Et resurrexit tertia die, secundum Scripturas.
Et ascendit in caelum: sedet ad dexteram Patris.
Et iterum venturus est cum gloria,
Judicare vivos et mortuos: cujus regni non erit finis.
Et in spiritum Sanctum, Dominum et vivificanctem:
Qui ex Patre Filioque procedit.
Qui cum Patre et Filio simul adoratur, et conglorificatur:
Qui locutus est per Prophetas.
Et unam sanctam catholicam et apostolicam Ecclesiam.
Confiteor unum baptisma in remissionem peccatorum.
Et expecto resurrectionem mortuorum.
Et vitam venturi saeculi.
Amen.

Sanctus
Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth.
Pleni sunt caeli et terra gloria tua.
Hosanna in excelsis!

Benedictus
Benedictus qui venit in nomini Domini.
Hosanna in excelsis!

Agnus Dei
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Miserere nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Miserere nobis.
Agnus Dei, qui tollis peccata mundi:
Dona nobis pacem.
Kyrie
Seigneur, aie pitié de nous.
Christ, aie pitié de nous.

Gloria
Gloire à Dieu au plus haut des cieux
Et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté.
Nous te louons.
Nous te bénissons.
Nous t'adorons.
Nous te glorifions.
Et nous te rendons grâce pour ta gloire immense.
Seigneur Dieu, Roi du ciel, Dieu Père tout-puissant.
Seigneur Fils unique, Jésus Christ.
Seigneur Dieu, Agneau de Dieu, Fils du Père.
Toi qui enlève les péchés du monde, aie pitié de nous.
Toi qui enlève les péchés du monde, accueille notre prière.
Toi qui siège à la droite du Père, aie pitié de nous.
Car c'est toi le seul Saint, toi le seul Seigneur,
Toi le seul Très Haut, Jésus Christ.
Avec le Saint Esprit, dans la gloire de Dieu le Père.
Amen.


Credo
Je crois en un seul Dieu,
Le Père tout-puissant, Créateur du ciel et de la terre,
De toutes choses visibles et invisibles.
Je crois en un seul Seigneur Jésus Christ, le Fils unique de Dieu,
Né du Père avant tous les siècles.
Dieu né de Dieu, lumière née de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu.
Engendré, non pas créé, consubstantiel au Père,
Et par qui tout a été créé.
C'est lui qui, pour nous les hommes, et pour notre Salut,
Est descendu des cieux.
Il a pris chair de la Vierge Marie, par l'action du Saint Esprit,
Et il s'est fait homme.
Puis il fut crucifié pour nous sous Ponce Pilate:
Il souffrit sa passion et fut mis au tombeau.
Il ressuscita le troisième jour, suivant les Ecritures.
Il monta aux cieux, où il siège à la droite du Père.
De nouveau il viendra dans la gloire,
Pour juger les vivants et les morts: et son règne n'aura pas de fin.
Je crois en l'Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie,
Qui procède du Père et du Fils.
Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire.
Il a parlé par les prophètes.
Je crois aussi à l'Eglise une, sainte, catholique et apostolique.
Je reconnais un seul baptème pour la rémission des péchés.
Et j'attends la résurrection des morts,
Et la vie du monde à venir.
Amen.

Sanctus
Saint, Saint, Saint, Seigneur Dieu de Sabaoth.
Le ciel et la terre sont remplis de ta gloire.
Hosanna au plus haut des cieux!

Benedictus
Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur.
Hosanna au plus haut des cieux!

Agnus Dei
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Aie pitié de nous.
Agneau de Dieu, qui porte les péchés du monde:
Donne nous la paix.

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